Des jardins suspendus.
Je suis venue vous dire ce que j'ai fait de ces années d'absence,
Traduire ce vague souvenir qui n'a été pour vous que du silence.
Peut être reste t il un peu de moi en vous? j'aimerais le croire,
Car de cette quête aux lendemains illusoires il me reste des espoirs,
L'un serait d'apercevoir dans vos yeux de chat mon reflet,
L'autre de sentir votre paume sur mon visage inquiet.
Si je le pouvais, je transformerais mes souvenirs d'adolescence,
En jardins suspendus sous lesquels je referais votre connaissance,
Sur nous s'évanouiraient des pétales bruns et fauves d'impatience,
Quand sur votre joue je déposerais Monsieur, en toute innocence,
Un long baiser parfumé de désir lointains et un peu d'arrogance,
Vous me regarderiez bien intrigué et feindriez encore l'ignorance.
Je suis venue vous avouer qu'en moi votre doux visage reste gravé,
Que sur le trou béant de ma poitrine je garde une main toujours plaquée,
Pour ne pas qu'on l'on voit cette douleur par vos soins provoquée.
Mais cette blessure bien mal dissimulée, je ne saurais vous la cacher,
Car j'aimerais bien récupérer ce c½ur que vous m'avez arraché,
J'aimerais tant me libérer de ce à quoi vous m'avez condamné.
Si je le pouvais, j'échangerais cet écrin de mémoires oubliées,
Plein de vous, de cette empreinte insolante que vous avez laissé,
Contre des jardins suspendus de lierres et de vignes argentés,
Sous lesquels je m'allongerais pour me reposer de ces années.
Il est encore bien dur d'avouer que la Lune ne me verrait pas soulagée,
Car encore Monsieur, c'est vers vous qu'iraient mes muettes pensées.
Je suis venue me faire pardonner de vous avoir si tard dérangé,
J'ai découvert ma plaie et je vois que pour vous elle est sans intérêt,
J'ai cru bêtement si bêtement que de moi vous vous souviendriez,
J'ai cru que vous vous rappelleriez de l'endroit où vous l'avez abandonné,
Ce coeur que je vous somme de me rendre maintenant ou jamais,
Et ne me regardez pas avec ces yeux qu'entre mille je reconnaitrais.
Si je le pouvais, j'oublierais tous de vous jusqu'au moindre secret,
Mais il est peut être temps d'admettre, Monsieur, que c'est déjà fait.
Il n'est plus question de terminer ce que vous avez su commencé,
Je ne veux plus me rappeler que c'est moi qui vous ai refusé,
Et ne parlons plus de ce baiser complètement dissolu,
Passons simplement un peu de temps sous des jardins suspendus.